« J’en profite messieurs les stylistes pour vous rappeler l’existence d’un élément que vous avez sans doute omis, qui s’appelle le Ventre. Ça se situe entre les seins et le bassin. Ça a une fonction digestive ou respiratoire. Donc si vous pouviez les intégrer dans vos créations les prochaines fois. Je sais que ça va dénaturer vos croquis, mais pensez-y, c’est une fonction vitale. Bref »
Extrait du discours de Florence Foresti aux Césars 2020.

Tellement vrai. Et le reflet d’une réalité qui va bien au-delà du sujet des grandes tailles.
En France, l’industrie de la mode considère la grande taille comme tout ce qui est supérieur au 42.  C’est un réel sujet de société, et je l’aborderai dans un prochain article.

Ici, je veux surtout enfin mettre en lumière le fait que, la majorité du temps, la mode ne prend pas en compte les courbes d’une femme, et ce, quelle que soit sa taille. Comme si une femme était une autoroute plate et droite. Une de mes amies, taille 36, me confiait récemment avoir du mal à trouver des pantalons bien coupés. Le comble. Qu’elle me dise cela à moi, qui oscille entre un 44 et un 48 ! Son « problème » ? Elle a des fesses bombées ! Donc soit elle prend un 36 qui ferme à la taille, au risque d’exploser les coutures arrière. Soit elle prend un 38 qu’elle doit faire retoucher à la taille. Je lui ai conseillé de s’orienter vers une autre marque et une autre coupe / modèle mais le problème demeure.

Alors, ok ! Vous me direz que toutes les femmes n’ont pas forcément des fesses ultra rebondies. C’est un fait que nous sommes toutes différentes et pour ajouter une couche de complexité, nous évoluons aussi au cours de notre propre vie. Difficile donc de créer des catégories stables, et même des catégories tout court. Il est des filles proches de Jane Birkin et d’autres proches de Monica Bellucci. Mais soyons justes, une femme a généralement des courbes, en tout cas plus qu’un homme.

Une autre de mes amies, avocate, profession où l’habit fait souvent le moine, me disait qu’elle avait du mal à trouver une chemise dont les boutons n’explosent pas devant sa poitrine opulente. La raison ? Des boutons cousus trop près du bord, et moins de boutons qu’il n’en faudrait donc plus espacés. Ou comment faire des économies sur les boutons et le métrage de tissu.

Pour en revenir au ventre. Cette pique de Foresti a fait rire la salle, car elle rappelait que les actrices ont certainement dû s’affamer 15 jours avant la cérémonie pour rentrer dans leur tenue.
Au-delà de cette anecdote, il faut savoir que dès qu’on passe la taille 42 a des conséquences exponentielles.
Parce que s’accumulent plein de faux pas commis par l’industrie de la mode.
Ok, on est serré au niveau du ventre ? on peut prendre une taille au-dessus. A condition qu’elle existe. Il y en a ? Super, mais alors ce sont les bras qui sont trop larges. Ou alors la coupe ne ressemble plus à rien. Le bien-aller, cette notion pour un vêtement de bien tomber et que la personne soit à l’aise dans la pièce, ne va plus bien du tout. Car il ne suffit pas juste de rajouter des centimètres à un patron quand on agrandit la taille. Il faut adapter le patron, modifier les courbes.

Mathilde, ma chère amie et associée dans l’aventure Atelier 312, m’a dit, un jour que je m’extasiais devant elle en train d’examiner et retoucher un patron : « c’est facile, la mode c’est une histoire de volume, ce sont des maths » (cette histoire de maths m’obsède, j’en parlais déjà dans cet article). Alors il faut croire que ce n’est pas facile pour tout le monde, car on ne m’ôtera pas de l’esprit qu’il est plus facile de tracer un trait qu’une courbe harmonieuse.
Il faut pouvoir respirer dans son vêtement, pouvoir se mouvoir en toute confiance, mais pas que. Il faudrait aussi sentir que la pièce qu’on porte tombe comme il faut. Qu’elle est faite pour nous. Alors vous me direz que là je parle de sur-mesure. Même s’il est vrai que rien ne peut tomber plus juste que du sur-mesure, le prêt-à-porter dispose désormais d’outils, de technologies et de connaissances du corps et de la population, permettant d’adapter ses propositions aux corps des femmes.

Tant il est vrai que c’est à l’habit de s’adapter à la femme et non l’inverse. La femme doit pouvoir oublier le vêtement qu’elle porte pour ne plus avoir à y penser et pouvoir ainsi penser à autre chose. L’habit comme un instrument de sa liberté.

Ce n’est finalement qu’une histoire de courbes. Les courbes des femmes.

Sabine,
Fondatrice d’Atelier 312 Paris
Mode féminine épurée du 42 au 52 à suivre sur Instagram et Facebook